Leon Bridges : Gold-Diggers Sound

Leon Bridges se confiait récemment dans le journal anglais The Guardian, au sujet de son premier album Coming Home (2015), et révélait une forme d’auto-censure lors de l’enregistrement de ce premier opus, de peur d’offusquer la pudeur religieuse de sa communauté à Forth Worth au Texas. Certes, les paroles des chansons et l’esthétique rétro-soul, manquaient de personnalité dans l’ensemble, mais le talent d’interprète était déjà là, notamment sur River, gospel à la touche folk particulièrement émouvant. Ce premier LP, c’est aussi un succès rapide, Bridges, 25 ans à cette époque, passe du jour au lendemain, de plongeur dans un restaurant à star de la musique. Un changement vécu difficilement par ce dernier, qui traversera par la suite des moments de dépression.

Si ce début de carrière en trombe n’est pas sans obstacles, on assiste quelques années plus tard au virage d’un artiste, dont l’univers sonore se fait plus riche et contemporain, plus personnel également. Le deuxième album, Good Thing (2018), souligne le goût de l’artiste pour la danse à travers des compositions taillées pour celle-ci (on pense à Bad Bad News), et lui permet aussi de livrer des réflexions et des récits plus intimes. Une première collaboration avec le producteur Ricky Reed et le guitariste Nate Mercereau (collaborateurs de Lizzo ou Jon Batiste), que l’on retrouve à nouveau pour ce Gold Diggers Sound.

Gold Diggers, comme ce lieu où Leon Bridges a enregistré ce troisième album, un endroit multifonction dans le nord-ouest de Los Angeles, avec un bar, un hôtel, et surtout plusieurs studios d’enregistrement. Refuge créatif et lieu de sociabilité pour Bridges et sa bande. On peut y voir, une forme d’équilibre artistique, en tous cas, il s’agit là de la proposition la plus cohérente du chanteur texan à ce jour (avec son EP aux cotés de Khruangbin). Ici, tout s’enchaîne sans à-coups, et les chansons dépassent un peu plus les frontières de l’intime, désarment l’auditeur : du doute sentimentale au cœur du sublime Why Don’t You Touch Me, à la prière militante du dépouillé Sweeter, une réponse solaire au cancer du racisme policier, accompagnée par le musicien Terrace Martin (producteur pour Kendrick Lamar). Une réussite, entre influences r&b contemporain et country-folk, recouvertes de pop soyeuse.

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