Bennie Pete du Hot 8 Brass Band (2017)

Suite au décès du musicien Bennie Pete, membre du Hot 8 Brass Band, l’une des formations les plus importantes de La Nouvelle-Orléans, je souhaitais repartager l’entretien que j’avais réalisé avec lui, lors du festival Jazz à Sète, en 2017. Cette interview a déjà été publié sur le site Djam la revue, désormais clos.

Crédit : Matt Sakakeeny

C’est au Théâtre de la Mer que chaque été se tient le festival Jazz à Sète, un cadre idyllique où les musiciens invités se produisent sur scène, dos à la méditerranée. C’est là qu’en juillet dernier, le Hot 8 Brass Band transportait son groove contagieux et son sens de la performance imparable. Une belle occasion de s’entretenir avec Bennie Pete, meneur de la formation.

Tout d’abord, pouvez-vous présentez les membres du groupe ?

Je suis le joueur de tuba et le leader du Hot 8 Brass Band. Il y a aussi Anthony Brooks à la caisse claire, Harry Cook à la grosse caisse, Andrew Calhoun au sax ténor, Larry Brown et Tyrus Chapman aux trombones, puis Chris Cotton et Big Al (Alvarez Huntley) aux trompettes.

Tout le monde est de la Nouvelle-Orléans ?

Oui, à part Andrew Calhoun. Il est né à New-York. Il vit à la Nouvelle-Orléans depuis longtemps, il aime ce lieu, et la ville l’a adopté, sans problème.

Vous vous êtes tous rencontrés au lycée ?

En dehors d’Andrew, oui. Mais nous avons commencé à jouer, il y a bien longtemps, dans les années 90, donc avec le temps, la formation a bougé, mais la plupart des gars sont dans le groupe depuis longtemps. Certains des membres du début ne sont plus là. Harry, moi et quelques autres, on est dans le groupe depuis quinze ans, la majorité des membres actuels sont là depuis au moins dix ans. On est un groupe de mecs soudés.

Comment définiriez-vous l’identité musicale du groupe ?

C’est du fun. C’est plein d’énergie. Il y a beaucoup d’épreuves qui ont influé sur notre musique. On a traversé de nombreux moments difficiles, même avant Katrina. Tout ça nous a permis de devenir plus forts. Quand tu écoutes notre musique, tu peux sentir la souffrance, la joie, le bonheur. A un moment donné, tu peux être heureux, sauter dans tous les sens, et celui d’après, verser une larme. Ça dépend de comment tu te sens au moment où tu écoutes notre musique, et jusqu’où tu la laisses t’emporter.

Vous faites des reprises de rap et de soul, d’où est-ce que ça vient ?

Cette partie de notre répertoire vient surtout de nos fans. Chez nous, nous faisons ce que nous appelons des second line, c’est comme une parade qui dure quatre heures, donc quand nous étions plus jeunes, en train de créer notre identité, ce que nous voulions, c’était être nous-mêmes, et avoir notre propre personnalité musicale. Nous avons essayé pas mal de choses, monté des compositions originales, mais quatre heures de musique, c’est beaucoup. Donc, en même temps qu’on continuait à créer, nous écoutions aussi notre public qui nous disait : « Tel titre serait pas mal, je vous vois bien jouer ça», comme « Sexual Healing » par exemple. Nous avons grandi en écoutant certaines de ces chansons, quand nos parents étaient à la cuisine et que ça passait à la radio. En tant que musiciens, on veut essayer de jouer ces titres. C’était extraordinaire pour nos fans pendant nos performances, ils nous disaient : « Vous devriez jouer ce titre », et la fois suivante, ils nous écoutaient jouer le titre en question. Ils s’approprient le mérite ensuite, mais c’est juste de l’enthousiasme, ils vont dirent « c’est mon groupe ! », nous on trouve ça cool.

Comment avez-vous eu l’occasion de signer sur un label anglais ?

L’un des artistes majeurs du label True Thoughts, Quantic, a fait écouté notre musique à l’équipe de la maison de disque. Beaucoup de gens chez eux sont aussi dj, ils mixent en soirée, donc ils se sont intéressés à notre groupe, et ils ont commencé à jouer notre musique dans leurs playlists, les réactions de la part du public ont été très positives, et ils ont fini par nous appeler. Voyager faisait partie de nos objectifs, pour nous, être contacté par ce label, c’était une bénédiction. On les intéressait et vice-versa. On était sur la même longueur d’onde.

Que pensez-vous de la scène musicale de la Nouvelle-Orléans aujourd’hui ?

Il y a beaucoup d’opportunités. Beaucoup de jeunes musiciens ont l’occasion de faire des carrières à hauts niveaux. Des gens de la ville, comme de l’extérieur peuvent élargir leurs horizons, et leurs bases de fans, carrément. Tout le monde veut descendre le long du Mississippi jusqu’à la Nouvelle-Orléans, ça a toujours été comme ça, c’est étrange parce que beaucoup de personnes disent qu’en tant que musicien, tu dois quitter la ville pour te faire remarquer, et avoir la reconnaissance que tu mérites, parfois c’est vrai, mais peu importe, il n’y a aucun endroit comme la Nouvelle-Orléans. C’est comme une ex-copine, tu ne l’oublie jamais (rires).

Actuellement, vous préférez enregistrer en studio ou jouer sur scène, ou même dans la rue ?

La rue, c’est la règle de base. Même si c’est pour une ou deux chansons, remonter les rues de la Nouvelle-Orléans en jouant, voir la réaction de la foule, il n’y a rien de comparable. J’adore jouer dans tous les cas, mais à l’heure d’aujourd’hui, je dirais : la scène. Cette vue magnifique (il fait un signe de la tête vers la mer), c’est le genre de truc dont je rêvais quand j’étais gamin.

Interview réalisé par Hugues Marly, au festival Jazz à Sète, le 18 juillet 2017.

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