GA-20, c’est le nom du groupe créé par le chanteur et guitariste Pat Faherty et le guitariste-producteur Matthew Stubbs, désormais accompagnés du batteur Tim Carman. Un nom en référence à l’amplificateur de guitare sorti par la marque Gibson au milieu des années 50, une époque importante pour la musique blues, période que ce groupe originaire de la côte est américaine apprécie tout particulièrement. On en avait la preuve avec leur premier album « Lonely Soul », bel alliage de reprises et de compositions originales, suivi en août dernier d’un album hommage au blues-man Hound Dog Taylor, « Try It You Might Like It ». Entretien avec Matthew Stubbs, au sujet de ce projet minutieux.

Crédit : Whitney Pelfrey
Je n’ai pas écouté la musique d’Hound Dog Taylor depuis un moment, et revenir à son travail à travers votre album, c’était comme se replonger dans des souvenirs, mais avec une nouvelle énergie.
C’est ce qu’on nous dit, oui, et c’était le but, quand on a fait cet album. Beaucoup de gens ne connaissent pas Hound Dog Taylor, et à travers nous, ils ont pris la peine de l’écouter, mais il y a aussi des gens qui ont toujours aimé sa musique, et qui sont juste contents d’écouter une nouvelle version de celle-ci.
Comment avez-vous découvert sa musique ?
Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai entendu Hound Dog. J’ai toujours écouté du blues, mon père est musicien, et j’écoutais ce style de musique sans arrêt quand j’étais enfant. J’ai commencé à jouer de la guitare vers 13 ans, et je ne prêtais attention qu’au blues traditionnel. La première fois où j’ai écouté Hound Dog Taylor, ça devait être sur une compilation. Le premier morceau que j’ai entendu devait être Give Me Back My Wig. Depuis qu’on a démarré GA-20, on s’est concentré sur le blues de Chicago des années 50 et 60. On n’a pas de bassiste, on a deux guitares et une batterie, ça nous fait un point commun avec Hound Dog et ses Houserockers. Parfois, des gens comparent notre formation à la leur, mais ce n’était pas voulu.
Quand j’ai vu que vous alliez sortir un album de reprises de Hound Dog Taylor, j’ai trouvé que ça faisait sens.
Il y a un peu plus d’un an, Bruce Iglauer d’Alligator Records (ndlr : le fondateur du label) m’a contacté, il nous avait vus sur scène à Chicago, et il avait beaucoup apprécié notre groupe. Il était intéressé à l’idée qu’on enregistre pour Alligator, mais nous étions déjà engagés dans un contrat de plusieurs albums avec Colemine Records, et on avait un nouveau projet avec seulement des compositions originales, prêt à sortir, mais comme nous étions en plein dans la pandémie, nous voulions attendre pour être sur de pouvoir tourner, et défendre l’album sur scène. Quand Bruce m’a contacté, j’ai eu l’idée de réunir Alligator et Colemine pour ce projet d’album de reprises d’Hound Dog Taylor. Ça faisait sens, puisque c’est le cinquantième anniversaire de son premier album, mais aussi celui d’Alligator Records. Ça nous a donné l’occasion de travailler sur ce projet, alors que nous étions isolés et coincés à ne rien faire, avec Pat (chanteur et guitariste soliste) et Tim (batteur) on se retrouvait, une fois par semaine pour bosser sur ces reprises. Bruce m’a téléphoné pour la première fois en juillet, et nous avons enregistré au mois de novembre 2020, tout s’est passé assez rapidement, que ça soit la partie business ou la partie musique.
On s’est beaucoup appliqué. Je pense qu’on a réussi à atteindre le genre d’état d’esprit dans lequel ils étaient, et l’énergie qu’ils pouvaient transmettre, à l’époque.
Est-ce que vous aviez certaines idées sur la façon dont ça devait sonner, ou sur ce que vous vouliez éviter ?
J’ai aussi été producteur sur le disque, donc j’ai passé pas mal de temps à réfléchir à quoi devait ressembler ce projet, quel choix on voulait faire sur la partie son de l’album. Je voulais retranscrire l’esprit de la musique d’Hound Dog Taylor & The Houserockers. Ça sonne comme si tu étais dans un club, avec un son très cru et plein de folie. Je voulais arriver à saisir ça. J’en ai parlé à Bruce, on a échangé des mails, et je lui ai posé quelques questions à propos de ces sessions d’enregistrements des deux premiers albums d’Hound Dog. Il m’a dit comment ils s’étaient installés dans le studio, comment était l’ambiance à ce moment-là, combien de micros, ils ont utilisé, quels amplis et quelles guitares ils ont utilisé. On a essayé de recréer tout ça, du mieux que possible. Pat a acheté le même modèle de guitare que Hound Dog Taylor a utilisé pendant ces sessions, j’ai utilisé une guitare similaire à celle de Brewer Philips (ndlr : guitariste rythmique des Houserockers). J’ai aussi acheté deux amplis proches de ceux qu’utilisait Hound Dog Taylor. On s’est beaucoup appliqué. Je pense qu’on a réussi à atteindre le genre d’état d’esprit dans lequel ils étaient, et l’énergie qu’ils pouvaient transmettre, à l’époque. On a tout enregistré live sans overdubs. On a jamais fait plus d’unes à trois prises, et si ça ne sonnait pas bien, on passer à autre chose.
La musique d’Hound Dog Taylor a été le point de départ d’Alligator Records …
Complètement. Bruce m’a dit qu’il était fan d’Hound Dog Taylor & The Houserockers, il allait les voir jouer dans des petits clubs. Hound Dog n’avait jamais sorti un album, que des singles jusque-là. Il a voulu les faire signer chez Delmark, mais le label n’était pas intéressé. Bruce a utilisé son argent pour louer du temps en studio, et enregistrer le groupe, et puis il a également investi dans la production du disque. C’était le début d’Alligator Records. De ce que j’ai compris, c’était au départ juste un moyen de faire connaître la musique d’Hound Dog Taylor, et puis il y a eu un effet boule de neige.
Est-ce que vous avez déjà joué des titres d’Hound Dog Taylor en live avant la sortie de l’album ? Vous avez pu avoir des retours du public ?
Quand on répétait, avant qu’on enregistre le disque, on faisait ça sur mon patio devant chez moi, c’était avant qu’on ne puisse se faire vacciner, on devait garder une certaine distance, mais à cette période, il y avait un nouveau restaurant-bar pas très loin de là où nous habitons, à mi-chemin entre Boston, là ou vivent les deux autres membres du groupe, et chez moi, à Providence. Ils nous ont proposé de jouer chaque semaine. C’était tous les vendredi, en extérieur, avec une bonne distance face au public. Chaque semaine, on répétait, puis on allait jouer dans ce restaurant, ça nous a permis de tester les reprises. Même quand les gens ne connaissent pas le répertoire d’Hound Dog Taylor, ils sont pris dedans comme quand il s’agit de nos propres chansons. L’énergie est très forte. On annonce au début de notre set de qui sont les reprises, et dans l’ensemble toutes les chansons fonctionnent bien, le public est réceptif. C’est excitant, Pat a vraiment bien capté ce style à la guitare slide. Quand on viendra en France, il faudra nous dire ce que vous en pensez.
Ça change de ce qu’on fait d’habitude, c’était flippant au début, mais j’aime beaucoup comment ça sonne au final.
A la deuxième écoute de l’album, je me suis dit que vous aviez vraiment réussi à frapper juste avec ces reprises.
On s’est bien amusé à faire ça. Le coté production était différent de notre premier album, j’ai produit les deux, mais sur « Lonely Soul », il y a beaucoup de réverb, il s’agit plutôt d’une ambiance sonore de la fin des années 50 et du début des années 60. Avec ce nouvel album, on essaie de respecter la façon dont sonnait les enregistrements d’Hound Dog Taylor, c’était très sec, graveleux, avec pas mal de distorsion, donc pas de réverb cette fois-ci, en dehors de l’acoustique du lieu d’enregistrement. Ça change de ce qu’on fait d’habitude, c’était flippant au début, mais j’aime beaucoup comment ça sonne au final.
Est-ce que d’avoir joué avec des légendes comme Charlie Musselwhite ou avec James Cotton ou Buddy Guy, vous a permis d’être plus aguerri d’un blues enraciné dans une certaine époque qui a influencé votre musique ?
Oui, et tout particulièrement en ce qui concerne Charlie, simplement parce que j’ai passé beaucoup de temps avec lui, plus de 13 ans de tournée, de scène. Toutes les histoires qu’il me raconte, c’est dingue, beaucoup d’artistes dont j’aime la musique sont décédés avant même que je sois né, je n’ai que des traces audio, vidéos ou des récits écrits sur ces personnages, mais Charlie a traîné avec tous ces gens : Magic Sam, Little Walter, Muddy Waters, il ne les pas juste vu, je pourrais dire que mon père les a vus sur scène, mais Charlie lui buvait des coups avec ces musiciens. C’est toujours hallucinant pour moi quand on fait des concerts avec Buddy Guy, c’est vraiment fou. C’est par Charlie que j’ai pu jouer avec quelqu’un comme James Cotton. Jouer avec Charlie, est une expérience énorme en terme d’apprentissage.
Avant de jouer avec Charlie, j’ai joué avec des musiciens plus âgés dans la région de Boston, puis quand j’ai réussi à obtenir des meilleurs plans en tant que musicien d’accompagnement, au début de ma vingtaine, j’apprenais mes parties de guitare, et je pensais que je faisais du bon travail, mais le chanteur me disait « non, je le sens pas, ce n’est pas comme ça ». Il s’agit pas seulement de jouer les bonnes notes, il faut qu’il y est le feeling aussi. Avant de jouer avec Charlie, j’ai aussi joué avec John Nemeth, et d’autres également. En tant que musicien d’accompagnement, vous apprenez à comprendre ce dont ils ont besoin. Si vous êtes toujours le guitar hero à l’avant, vous pouvez facilement oublier qu’il s’agit d’un ensemble. Charlie me laisse de la place pour les solos de guitare, et c’est super, mais je suis d’abord là pour l’accompagner, quand il est au chant ou à l’harmonica. Le genre de blues que j’aime va plutôt dans ce sens, je ne suis pas un grand fan du blues-rock avec des sons de guitare qui hurlent, je préfère un groupe qui s’écoute jouer, et quand il y a de l’espace pour tout le monde.
Pour finir, est-ce vous avez des dates de concert prévues en France, prochainement ?
On y travaille. Nous avons un agent français maintenant, il y a une personne qui s’occupe exclusivement de caler des dates en France pour 2022.
Interview réalisée par Hugues Marly le 14.09.2021, avec Matthew Stubbs.
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