Sameer Ahmad : Effendi

En turc, Effendi désigne entre autres, les savants et les lettrés. Le genre de qualificatif qui pourrait décrire le rappeur de Montpellier, Sameer Ahmad. Mais le savoir ne trouve que très peu d’auditeurs sans la manière, le style, et dans ce nouvel album, l’artiste n’en manque pas, au contraire. Il explore de nouvelles pistes, sans pour autant s’éloigner de son sillon. Il y a toujours ces références éparpillées, qu’elles soient musicales ou cinématographiques. Autant d’invitations à un jeu de puzzle un peu étrange, où la philosophie orientale croise la pop culture, dans une harmonie toute personnelle. Ahmad célèbre encore une fois ses passions (le skateboard), ses héros (Bruce Lee), et se tient toujours avec allure au croisement des mondes qu’il traverse.

Mais cette fois-ci, le flow se fait plus élastique, le débit presque parlé, nonchalant. Il y a une sensation de liberté et un besoin d’ivresse qui se dégage de cet album. La voix éraillée sur « Diogène », l’est tout autant sur « Pazuzu » (titre à l’univers faustien, et référence à une divinité menaçante de La Mésopotamie d’avant J-C). Ceci étant, d’un morceau à l’autre, l’intention change, mais à chaque fois l’auteur enrobe les mots avec justesse. Toutes les productions concoctées par Skeez’Up soulignent un univers sonore riche, où les influences jazz, blues, soul, rap, et même musique arabe (le temps d’un titre) passent à travers le filtre d’un travail d’orfèvre, du taillé sur mesure pour cette plume singulière. Comme le personnage sur le visuel (réalisé par le talentueux Bacim Al Muniem), on passe la tête à la fenêtre de la voiture, pour se plonger dans l’esprit en mouvement de ce « Peter Pan en Timberland ». On sait, après la première écoute, qu’on reviendra visiter ces séquences imaginaires, et approfondir l’expérience.

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