2022 en musique ? Un bon cru plein de saveurs, dont on reprendra bien une gorgée. De la soul à l’ancienne du genre langoureuse à celle plus moderne, plus hybride et enlevée, des hommages, à l’un des grands musiciens de La Nouvelle-Orléans, qui nous a quitté il y a quelques années, mais aussi à une radio militante en Haïti, une réédition réjouissante d’un groupe touareg à la renommée internationale, un album de rap percutant et organique, et plus encore. Voici ce que Le Gombo retient de l’année passée :
Delvon Lamarr Organ Trio : Cold As Weiss

Passé le jeu de mots qui sert de titre à l’album (Weiss étant le nom du batteur présent sur le disque), on voit bien que le thermomètre indique plutôt une température quelque peu caniculaire : ces riffs d’orgue et de guitare électrique hérissés, ces invitations à des déhanchés syncopés, ce groove qui indique la direction du bayou, celui de The Meters. Bref, même les enceintes deviennent moites.
Tinariwen : The Radio Tsidas Sessions (réédition)

Ces enregistrements remastérisés du groupe touareg, dont la renommée s’étend désormais bien au-delà de l’Afrique de l’Ouest, font l’effet d’un grand rire de joie, après des larmes, une éclaircie sous la pluie, une bouffée d’air frais. Essayer donc d’écouter cet album pendant un trajet de métro à l’heure de pointe, vous n’aurez pas tout à fait les pieds accrochés au sol, l’esprit en train de vagabonder vers des lieux plus tranquilles.
Leyla McCalla : Breaking The Thermometer

Sur ce nouvel album, Leyla McCalla célèbre ses racines haïtiennes, et met en avant Radio Haïti, un vivier de lutte passé par différents régimes liberticides et violents de cette île hors du commun. De sa voix agréable mais volontaire, elle chante des paroles pour la plupart en créole haïtien (dont des reprises, comme Nan Fond Bois, aussi interprétée par un chanteur de l’île, Jho Archer), elle s’accompagne de son violoncelle ou son banjo, et fait vibrer cette poésie politique sous différentes inclinaisons rythmiques et couleurs sonores, entrecoupées d’extraits de cette station de radio à la résistance exemplaire.
Yaya Bey : Remember Your North Star

Fille du mc Grand Daddy I.U. et artiste pluri-disciplinaire, Yaya Bey possède une belle voix arrondie toute en nuances, ainsi qu’une attitude désinvolte et décontractée. Elle produit elle-même ses musiques, et fait sienne différentes influences : hip-hop, sweet funk, afro-beat contemporain, et même reggae sur le titre « Meet Me In Brooklyn ». Pour sûr, Yaya Bey ne perd pas le nord, c’est peut-être même elle qui donne la direction à suivre.
Kokoroko : Could We Be More

Un album, un long format enfin, pour cette formation londonienne emmenée par la trompettiste et chanteuse Sheila Maurice-Grey, et partie prenante de cette récente scène jazz Uk, qui dessine des arcs de cercles au-delà des codes établis. Ici apparaissent les muscles saillants de l’afro-beat période Fela, et des rythmes plus chaloupés ramenés par les vents de la Caraïbe, des harmonies vocales d’une grande douceur agrémentées de la guitare d’Oscar Jérôme. Tout cela et d’autres tendances aussi, participent d’un sentiment lumineux à l’écoute de ce projet.
Danger Mouse & Black Thought : Cheat Codes

Meilleur opus solo du rappeur principal de The Roots à ce jour, et retour en beauté du producteur anglais Danger Mouse dans le domaine du hip-hop, ce disque est une réussite en tout point : des lyrics entre ego trip et conscience politique portés par un flow féroce, et des productions solides aux samples jazzy, soul, psyché, sans oublier un casting d’invités cinq étoiles (le couplet de Joey Bada$$ pour ne citer que cela). Une combinaison quasi parfaite entre un format rap radical et une approche plus crossover.
Thee Sacred Souls : Thee Sacred Souls

Renouveau du son Daptone, via le sous-label Penrose Records, Thee Sacred Souls, est un groupe d’harmonies vocales originaire de San Diego, aux ballades qui sentent bon les années 60, parfaites pour des moments suspendus et des gestes langoureux. Grisant.
Sudan Archives : Natural Brown Prom Queen

Paroles sans filtres animées par un féminisme joyeux et coup de poing, productions chargées et rythmiques multiples souvent agrémentées de violon, électro percussive et engageante, aux reflets soul et trap, et puis la voix sexy et habitée de Sudan Archives. Ça bouscule, mais on garde le sourire comme dans un pogo sous une pluie de confettis. Preuve que depuis ses grandes heures hip-hop, le label Stones Throw demeure à propos pour livrer des œuvres des plus intéressantes.
Matthis Pascaud & Hugh Coltman : Night Trippin’

Disque hommage au musicien de La Nouvelle-Orléans, Dr John, décédé en 2019, le chanteur britannique Hugh Coltman et le guitariste français Matthis Pascaud, revisite l’univers du barde avec autant d’acuité que d’imagination.
Camilla George : Ibio-Ibio

Saxophoniste, comme le groupe Kokoroko, issue de la scène londonienne, Camilla George propose une musique classieuse entre racines et présent métissé, dans laquelle se croise les réminiscences du hard-bop, des références à ses origines nigérianes, et quelques inclinaisons hip-hop.
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