
Installé à Brooklyn, le tromboniste Reginald Chapman est issu de la scène jazz de Richmond dans l’état de Virginie. Comme Dj Harrison, membre du groupe Butcher Brown, qui a récemment sorti l’album Shades Of Yesterday via le label Stones Throw. Harrison, un artiste en recherche, toujours à la croisé de plusieurs genres, présent partout (batterie, clavier, enregistrement, …) sur ce nouvel album de Chapman, Accretion (le mot désigne la constitution et l’accroissement d’un corps, d’une structure ou d’un objet.) Sans compter tous les autres musiciens présents ici, y compris le bassiste Andrew Razzano (Butcher Brown encore) à la basse sur la plupart des titres. Travail collectif donc mais qui a commencé à se dessiner quand Chapman jouait seul de son instrument sur des boucles et des rythmes programmés grâce à une SP-404 (machine fréquemment utilisée dans le hip-hop.) Un indice peut-être, pour une musique sans carcans de genres. Car si le fil rouge de cet opus est résolument jazz, on se laisse surprendre avec plaisir par la tournure funk du classique « I Got It Bad (And That Ain’t Good) » de Duke Ellington ou par une proposition plus audacieuse encore, et pas moins réussie, la présence du duo rock psyché Foxygen sur un blues à la fois éraflé et riche (« There Is A Thing ».) Mais les formes plus classiques bousculent elles aussi ce qu’il peut y avoir de familier dans toute cette proposition : ainsi, il est difficile de ne pas penser à « Red Clay » de Freddie Hubbard, à l’écoute de « Process Level Event », avant que cette composition ne mute, accélère, pour ensuite rompre à nouveau, et revenir à un tempo plus lent, sans vraiment retrouver son point de départ. Comment ne pas se laisser emporter par le coté tempétueux de ce genre de fulgurance ? Chapman joue avec son jazz comme avec de la pâte à modeler, et quand il s’agit de rendre hommage à un grand musicien tel J.J. Johnson, lui aussi tromboniste, c’est à travers une reprise délicieusement paresseuse du classique « Lament », qui apporte une nouvelle couleur plus chaude. Tout se transforme dans cette musique augmentée, ou comment repeindre un décor déjà vu, avec talent et audace.
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