
Artiste soul et meneur du groupe Monophonics, Kelly Finnigan s’est imposé comme une référence en 2019, grâce à son très beau premier album solo aux reflets vintage, The Tales People Tell. Il remet les gants avec A Lover Was Born, un troisième opus accompagné d’un solide casting de musiciens issus de divers horizons mais tous fin connaisseurs de ce son chaud des années 60 et 70. Cette période faste qui a largement influencé Finnigan, fils de l’organiste Mike Finnigan, collaborateur de Jimi Hendrix ou d’Etta James. Une nouvelle proposition qui permet de s’entretenir avec ce musicien, producteur et compositeur d’abord passé par la musique hip-hop pour mieux arriver aux samples d’Isaac Hayes ou de Curtis Mayfield.
Dans quel contexte avez-vous entamé ce nouvel album, et qu’est-ce qui vous à motivé à le faire ? En quoi est-ce différent du premier ?
Tout le monde ne le sait pas, mais le premier album s’est fait un peu par hasard, je n’ai jamais cherché à faire un solo. Je composais, j’enregistrais des chansons, et j’imaginais plutôt faire ça pour des productions destinées à d’autres artistes. J’étais juste créatif, et quand t’as une idée qui jaillit, il faut la suivre. Au fur et à mesure que je travaillais sur ces chansons, je les partageais avec mon ami Terry, le propriétaire de Colemine Records. Après avoir partagé quelques ébauches avec lui, il m’a dit « Qu’est-ce que tu vas en faire ? C’est presque un album ». De mon côté, je n’avais pas du tout réfléchi à ça. Après cet échange, tout ce que j’avais à faire, c’était enregistrer quelques chansons en plus, et j’avais un disque complet. Ce qui était génial parce que ça m’a enlevé une pression sur quoi faire de toutes ces chansons. Une fois que cet album sort en 2019, ça marche bien, les retours sont élogieux. Je fais une tournée internationale l’année suivante, juste avant la pandémie. Ensuite, mon groupe Monophonics sort un album, puis pendant la crise sanitaire, on bosse sur un autre disque. Pendant cette même période, j’ai travaillé sur un LP avec le chanteur de soul des années 60 et 70, Mike James Kirkland, qui sortira probablement en 2025. J’étais donc pas mal occupé à cette période. Une fois que j’ai terminé tout ça, je me suis dit que j’avais le temps, mais aussi l’esprit disposé à travailler sur un nouvel album solo. J’étais très lucide sur le fait de ne pas sortir un nouvel opus, juste pour qu’il y est une suite. Il y a toute une vie avant le premier album. Il y a toutes ces expériences de vie, ces émotions, et ça te remplit pendant des années. Puis tu balances tout ça dans ton premier album. Ensuite, le public veut que tu fasses la même chose deux ans après. Mais encore une fois, c’est toute une vie pleine d’émotions. Et c’est pour ça qu’on parle autant du premier album en général, parce qu’il y a toute cette énergie. De fait, pour A Lover Was Born, je voulais être sûr d’avoir quelque chose à dire. Il y a un vrai contexte, ce n’est pas juste pour le geste. Et je suis très chanceux que Colemine me soutienne autant. Le label ne m’a jamais mis la pression. Pour ce nouvel album, la démarche était bien plus intentionnelle. Je voulais montrer que j’avais changé depuis le premier volet. Je sais pourquoi les gens aiment The Tales People Tell, mais ça ne veut pas dire que je pouvais reproduire exactement la même chose, et ce n’est pas pour ça qu’on fait de la musique. Regarde Kendrick, chaque album est différent. Je pense que dans l’industrie actuelle, c’est un super exemple de quelqu’un qui reste fidèle à lui-même, tout en montrant différents aspects de sa personnalité, et comment il avance en tant qu’humain, mais aussi en tant qu’artiste. Depuis le précédent album, j’ai pu ressentir autant de joies que de peines. Je pense qu’entre The Tales People Tell et A Lover Was Born, on sent que je suis passé à un autre chapitre, j’ai grandi de différentes manières entre ces deux albums. Sur le premier, j’ai fait beaucoup de choses par moi-même, j’ai joué différents instruments. Le nouvel album est plus collaboratif. Cette fois-ci, j’ai écrit des chansons avec des amis, j’ai voyagé. C’était un procédé très différent. Faire tout le temps la même chose, ça peut être excitant au début, parce que tu travailles ta formule, tu tentes de définir ton propre son, mais je n’ai pas envie de devenir trop prévisible. Je prends l’exemple de Khruangbin, et c’est plutôt un compliment : leur son est bien identifié, on connaît leur style, et leurs auditeurs adorent ça. C’est cool quand tu vois un groupe qui arrive à faire ça, mais dans mon cas, je pense que c’est un peu plus difficile.
J’écris des chansons sur l’amour ou sur des questions sociales, tout ce que traversent les gens dans leurs vies.
En écoutant les deux albums à la suite, je me suis dit qu’il y avait quand même un fil conducteur : les chansons d’amour douces-amères.
Oui, c’est vrai. J’ai tendance à écrire des chansons d’amour, et tout particulièrement quand je fais de la soul music. Avec Monophonics, je peux me permettre des choses un peu plus décalées. Mais quand c’est de la pure soul/rythm & blues, c’est ce qui me vient naturellement. Je ne serais jamais un songwriter excentrique à la Bob Dylan. Dans l’esprit, je me sens plus proche d’un Curtis Mayfield. J’écris des chansons sur l’amour ou sur des questions sociales, tout ce que traversent les gens dans leurs vies. Et j’aime bien le fait qu’il y est un fil conducteur comme vous dites, c’est important pour moi que ça puisse se voir dans mon travail.
Concernant Monophonics, même si c’est différent de vos sorties solo, vous apparaissez comme le meneur du groupe, quand on vous voit sur scène, vous êtes au centre, et une bonne partie de l’énergie se concentre autour de vous.
J’en parlais avec quelqu’un d’autre l’autre jour, Monophonics est un groupe que j’ai rejoint alors que ça existait déjà. C’était juste de la musique instrumentale au départ, et les membres étaient plus jeunes que moi. Quand on s’est rencontré, le groupe se cherchait un peu artistiquement, et moi aussi. On s’est croisé au bon moment, et on a pu bosser ensemble. Mais avec les années, je suis devenu le leader du groupe. Maintenant, je me sens à l’aise pour dire que c’est mon groupe. Si je décidais d’arrêter de faire partie de Monophonics, ça ne pourrait pas continuer en me remplaçant par un autre chanteur. Je produis les albums, je suis le principal songwriter. J’enregistre dans mon studio, je m’occupe des mixes. Je mets mon grain de sel un peu partout. Et c’est bien que mes projets solos et ceux da la formation soient présentés de manière distincte. Ce n’est pas la même chose. Il y a une liberté artistique pour moi de faire des aller et venues entre ce groupe et mes productions solos. Monophonics me permet d’aller un peu plus loin en termes de créativité disons. Par exemple, je ne sortirais jamais une chanson comme « Sage Motel » via mes projets solos.
Vous parliez de Curtis Mayfield comme référence, mais quand j’écoute votre musique, je pense également à la southern soul, comme celle de Memphis.
Isaac Hayes est aussi une source d’inspiration énorme. Et quand on pense à lui, la première chose qui vient à l’esprit, c’est par exemple Shaft ou ce que ce qu’il a fait sur la deuxième moitié des années 70, et c’est évidemment brillant. Mais quand tu remontes aux débuts d’Isaac Hayes en tant que pianiste et saxophoniste chez Stax Records (NDLR : label de Memphis), c’est juste un songwriter qui est en train de devenir un producteur. Ces disques sur lesquels il a travaillé, comme celui de The Charmels (NDLR : “As Long As I’ve Got You”), qui est devenu célèbre parce qu’il a été samplé pour « C.R.E.A.M. » du Wu-Tang, mais Hayes est aussi derrière tous ces disques de The Soul Children, et évidemment ceux des Sam & Dave. Tout ce qu’il a fait avec son coproducteur David Porter, c’est de la musique mature, très adulte. Il ne s’agit pas de simples chansons d’amour. Il y a différentes grilles de lecture, il y a une histoire. C’est clairement très inspirant. Curtis Mayfield est bien sûr une énorme source d’inspiration. Mais il y a aussi cette équipe de songwriters et producteurs, je pense à Eugene Record et Carl Davis, ils travaillaient pour le label Brunswick. Willie Clark pour la soul de Miami. Puis la ville de Muscle Shoals en Alabama où a notamment été enregistré Caught Up de Millie Jackson. Mais il ne faut pas que j’oublie de mentionner Jimmy Webb, qui était plutôt un compositeur de country, et qui a écrit « By The Time I Get To Phenix » (NDLR : repris par Isaac Hayes) et « Wichita Lineman ».
Il y a d’ailleurs une référence à ces chansons dans les paroles d’un de vos morceaux “Count Me Out”.
C’est super que vous ayez capté la référence (sourire). Si vous connaissez Jimmy Webb, vous savez que ces lyrics sont un petit clin d’œil à son travail. Et en plus, ma mère vient de Wichita. Mes parents ont vécu là-bas. J’ai joué là-bas, je crois même qu’à cette occasion Ben L’Oncle Soul est venu nous rejoindre sur scène avec Monophonics. Je place régulièrement des références de ce genre dans ma musique, j’ai envie que les gens qui sont vraiment passionnés puissent remarquer ce genre de choses. Tout ça est bien réfléchi.
Après un de mes concerts, un monsieur m’a dit « j’aime que vous fassiez de la soul classique mais que ça sonne frais ». C’est le meilleur compliment.
J’ai quand même l’impression que votre musique peut aussi bien atteindre des connaisseurs que des auditeurs moins aguerris, parce que cette esthétique enracinée dans la soul des années 60 et 70 que vous proposez est peu représentée aujourd’hui.
Je pense que pour certaines personnes, cette musique représente un nouveau chapitre d’une époque qu’ils aiment tant, car je rencontre beaucoup de gens qui adorent la soul par-dessus tout. Et je pense que c’est rafraîchissant parce qu’ils écoutent les mêmes chansons depuis si longtemps, et là, il y a des nouveaux artistes avec des nouvelles productions. Mais je suis d’accord qu’il y a aussi des gens qui adorent les vieux enregistrements tout en voulant ressentir ce qu’un artiste peut exprimer ici, maintenant, et qui peut se faire l’écho de son époque. Et ça correspond totalement à ce que je ressens. Malheureusement, beaucoup des artistes derrière ces enregistrements que l’on adore sont aujourd’hui très âgés ou décédés. Hier soir, après un de mes concerts, un monsieur m’a dit « j’aime que vous fassiez de la soul classique, mais que ça sonne frais ». C’est le meilleur compliment que je puisse recevoir. Parce que de toute évidence, je fais ce genre de musique qui a déjà été exploré par un grand nombre de personnes, il y a 50, 60 ans. La partie ingrate, c’est que parfois le public pense que je fais ça juste pour avoir l’air cool. Et ça me blesse, parce que non, je fais cette musique parce que j’aime ça. J’ai grandi en écoutant ça, c’est ce qui me fait me sentir bien.
Et puis parfois la passion finit par devenir un métier, ça finit par payer, même si ce n’est pas ce qui à la base de la motivation.
Oui mais je ne veux pas me perdre là-dedans. Évidemment, ces dernières années, j’ai connu le succès, j’ai gagné plus d’argent, etc mais c’est aussi la finalité de tout mon travail. J’ai sorti cinq albums en cinq ans. Il n’y a pas beaucoup de gens qui peuvent en dire autant, en tout cas pas quand il s’agit de couvrir tous les aspects : les compositions, la production, j’ai enregistré et chanté sur tous ces disques. C’est beaucoup de temps passé en studio, et j’adore ça. C’est vraiment pour ça que je me suis lancé dans la musique. Se produire sur scène, c’est venu plus tard. Ce n’était pas mon intention de départ.
Pourtant, lors de votre premier concert solo à Paris en 2020, vous aviez l’air totalement investi dans la performance. Vous incarnez vraiment votre musique.
Aujourd’hui, j’adore la scène, mais quand j’étais plus jeune, ce n’est pas ce qui m’a poussé vers la musique, j’aimais créer en studio. J’adore la scène, et ça m’a fait voyager dans le monde entier, mais le point de départ, c’était d’enregistrer des albums.
Et vous passez beaucoup de temps en studio avec d’autres artistes d’ailleurs, vous produisez The Sextones, vous êtes ingénieur du son pour The Ironsides. Est-ce que toutes ces expériences vous ont aidé pour vos projets solo ?
En travaillant sur n’importe quel album, tu gagnes toujours une nouvelle expérience, tu gagnes en connaissances, tu en retires quelque chose d’utile pour la suite. Plus tu fais ça, plus tu apprends, et meilleur, tu es dans ton travail.
Est-ce vous pensez à une collaboration qui a une influence particulière sur votre travail ?
Je ne pense pas qu’il y ait des artistes que je puisse citer en particulier, non. Mais l’album avec The Ironsides est vraiment magnifique, parce que ça fait longtemps que je connais et que je travaille avec ces gars. Les frères Max et Joe Ramey, les leaders du groupe qui jouent de la basse et de la guitare, sont présents sur la plupart de mes enregistrements en tant qu’artiste solo, en particulier sur mon dernier album et sur l’album de noël (NDLR : A Joyful Sound). Sur mon dernier album, il y a aussi le guitariste Jimmy James, mais également Joe Crispiano. De façon générale, plus tu travailles avec des gens que tu aimes, plus ça aide à renforcer les liens. Mais toute collaboration permet d’apprendre plus, et de gagner de la confiance en soi.
Vous mentionnez Jimmy James, en dehors de votre album il est présent sur beaucoup de sorties du label Colemine Records depuis quelque temps maintenant.
J’ai rencontré Jimmy en 2017, et on est juste restés en contact ensuite. Quand j’enregistrais mon premier album The Tales People Tell, je bossais sur une chanson en particulier, et je me disais qu’il y avait besoin de la vibe de Jimmy sur ce titre là. C’est un musicien avec un son bien particulier. Donc quand j’ai besoin de ça, c’est génial que je puisse le contacter, et il fait un boulot fantastique à chaque fois. Il est excellent sur le nouvel album. J’ai pu jouer sur scène avec Jimmy dernièrement, parce qu’on fait des shows sur la côte Est. Il a joué dans ma formation, et son nouveau groupe Parlor Greens a fait la première partie. Ce mec est magique. Je suis aussi chanceux d’avoir J-Zone (NDLR : Jay Mumford, de son vrai nom) le batteur, sur mon album, il est incroyable. Je suis très content de pouvoir travailler avec tous ces gens. On s’est beaucoup amusé ensemble.
Et comment s’est faite la connexion avec J-Zone ?
Au départ, je suis fan de son travail. Je l’ai suivi sur Instagram, et c’est par ce biais qu’on a commencé à échanger. De temps en temps, je lui posais des questions, il est très connaisseur. C’est quelqu’un qui étudie vraiment l’instrument. Et donc à partir du moment où je me suis lancé dans ce nouvel album, je voulais vraiment qu’il bosse avec moi. Cela fait un moment qu’on se parle, donc c’est cool de pouvoir enfin collaborer avec lui.
C’est un artiste qui s’est fait connaître en tant que rappeur et beatmaker au départ, donc je serais curieux de connaître quel était votre rapport au hip-hop en grandissant et quelle influence ça a pu avoir sur votre musique.
De mes douze, treize ans jusqu’à mes 18 ans, 95 % de ce que j’écoutais, c’était du hip-hop. Bien sûr, j’écoutais d’autres musiques, comme du funk et de la soul. Des compilations Blue Note Records ou Stevie Wonder, Roy Ayers, mais tout ce qui m’a mené à ça, c’était le hip-hop. Et collectionner les disques, et essayer de deviner d’où viennent les samples. Quand tu rentrais dans ma chambre quand j’étais au lycée, il y avait des posters en lien avec le hip-hop partout sur les murs. Cette musique était immense pour moi. J’étais chanceux d’avoir un voisin et ami un peu plus âgé, qui a été le premier à me dire « Tu devras écouter EPMD », « Est-ce que tu as déjà entendu parler du Wu-Tang Clan ? ». Je me souviens d’avoir été étonné par le nom du groupe, c’était vraiment à leurs tous débuts vers 1993 quand ils ont commencé à exploser. Avec un nom pareil, je me demandais même s’ils étaient asiatiques. C’était un nom tellement intrigant. Je me souviens également d’aller chez le disquaire, et d’acheter le premier album de Snoop Dogg, Doggystyle. C’était drôle parce que je n’avais pas l’âge requis pour écouter ça normalement, mais le disquaire chez qui j’allais me connaissait, et il connaissait ma mère. Il savait qu’elle était ok pour que j’achète de la musique dans laquelle il y avait des gros mots. J’étais jeune, mais j’avais bien conscience qu’il y avait une bonne part de divertissement dans cette musique. J’adore plein de rappeurs, Rakim, Black Thought, les grands lyricistes, la liste est interminable. Mais c’est vraiment la musique que j’aime. Et à la base de celle-ci, il y avait ces breaks de soul, de jazz, de funk. Quand j’ai hérité de la collection de disques de mon père, j’ai trouvé beaucoup de samples. Ça m’a ouvert les yeux. Je me suis acheté plus de disques. J’ai commencé à faire des beats, et je me suis vraiment mis dans la production hip-hop. J’ai quand même été DJ, mais faire des instrumentaux a été ma première manière de faire de la musique.
Il y a des moments dans l’album qui m’ont fait penser à des samples dans la veine de ceux utilisés par des producteurs comme Rza du Wu-Tang ou Just Blaze. On sent qu’au-delà d’écrire des bonnes chansons, il y a toujours des intentions qui viennent du hip-hop dans votre musique.
Stax et les enregistrements du producteur Willie Mitchell ont été beaucoup samplé, Rza a beaucoup puisé là-dedans, et vous avez bien compris, il y a une connexion directe entre ces disques et le hip-hop. J’ai vraiment étudié les deux. Je suis content quand les gens captent ça en écoutant mes chansons. Il y a parfois des clins d’œil intentionnels à tout cela dans ma musique, et ça me fait toujours plaisir quand les gens arrivent à capter ces détails, pour que derrière, ils aillent fouiller sur YouTube ou dans leurs disques, et puisse établir des connexions. C’était ça que je faisais plus jeune.
C’est plutôt excitant d’être samplé par des rappeurs qui sont vraiment bons […] J’aimerais juste que ceux qui utilisent ma musique viennent vers moi, et qu’on gère l’aspect business ensemble.
D’ailleurs votre musique a été samplé, je pense notamment à « It’s Only Us » des Monophonics, utilisé pour le titre « BIGslim » de Slim Thug. Êtes-vous plutôt content de ça ?
Oui, c’est mortel. La boucle est bouclée. J’essaie de faire des classiques qui puissent inspirer d’autres personnes à faire leur propre musique. Je regarde ça comme un fan de hip-hop. C’est plutôt excitant d’être samplé par des rappeurs qui sont vraiment bons. Il y a deux samples à moi sur la dernière mixtape de Benny The Butcher. J’aime beaucoup sa musique, et le son Griselda. Mais malgré le fait que je ne sois pas un artiste de grande renommée, autrement dit, je ne suis pas Sting, je ne suis pas Steely Dan, malgré ça, ces rappeurs ne veulent pas rentrer en contact avec moi, et essayer de régler les affaires de façon correcte. C’est pas comme si j’allais leur demander beaucoup d’argent. Je ne vais pas leur demander 50 000 dollars pour l’utilisation d’un échantillon. Je veux juste être sûr que je sois crédité en tant que compositeur, et que l’ensemble des musiciens soient crédités comme étant samplés. Je suis OK pour être samplé. Tout ça est beaucoup lié aux producteurs, aux beatmakers, parce que c’est les premiers qui vont être taxés. Je pense qu’ils doivent se dire qu’ils vont essayer de s’en tirer aussi longtemps que possible sans déclarer les samples. Il y a beaucoup de mes fans qui écoutent ma musique et qui écoutent aussi du hip-hop. En général, j’apprends que j’ai été samplé parce que quelqu’un m’a envoyé un lien d’écoute. Ils trouvent ça cool, et moi aussi. Mais j’aimerais juste que ceux qui utilisent ma musique viennent vers moi et qu’on gère l’aspect business ensemble. Ça fait partie de la culture, donc ce n’est pas bien grave non plus. Même Madlib, qui est un de mes héros, ne déclare pas les samples (rires). C’est quand même fou, je discute avec des gens qui travaillent avec lui, et ils me disent « il déclare que dalle. Mais en faisant ça, tu cherches aussi à te retrouver au tribunal. Tu vois ce que je veux dire ? Et c’est moins discret qu’auparavant, c’est plus facile et plus rapide aujourd’hui de trouver les samples originaux.
Quelles seront vos prochaines sorties ?
Il y a un nouvel album de Monophonics dans les tuyaux, et il y a aussi l’album avec Mike James Kirkland que j’ai mentionné plus tôt. J’ai rencontré Mike il y a longtemps en 2012, à cette époque, on a pu aller en studio et faire quelques enregistrements, mais on n’avait pas beaucoup de temps. On a passé quelques jours ensemble, c’était très rapide. L’ambiance était bonne, sans qu’on puisse aller plus loin. Puis, j’ai été pas mal occupé avec Monophonics, on allait en Europe, on tournait aux Etats-Unis, on bossait avec Ben L’oncle Soul, on bossait sur un nouveau disque. Mike revenait parfois vers moi, mais à chaque fois, j’étais trop occupé. Puis, finalement vers 2019, le dernier Monophonics était presque terminé et mon album solo était sorti, c’était le meilleur moment pour bosser ensemble. On a commencé à se réunir tous les deux, et tout particulièrement pendant le confinement. C’est pendant cette période qu’on a enregistré son album. C’était une super expérience. Mike voulait vraiment avoir la main sur les textes et sur les vocaux. J’ai produit l’album, j’ai aidé Mike pour les compositions et les parties voix. C’est une collaboration, c’est de soul music très cool, c’est mortel. Je suis impatient de pouvoir partager ça avec le public. Mais il ne faut pas oublier que Mike James Kirkland a 76 ans. Il sonne toujours bien, mais ce n’est pas toujours facile pour lui de se dépasser. C’est un homme très doux et très religieux. C’est vraiment un homme de Dieu. J’ai essayé par moment de communiquer mon enthousiasme pour le motiver, de réveiller son énergie, mais c’était compliqué. Je n’avais jamais travaillé avec quelqu’un de plus âgé jusque-là, et ce genre de personne détestent qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire. Sans rancune, il reste un type merveilleux, et on a passé des super moments. Il fallait essayer de le convaincre que les gens veulent entendre ce pourquoi il est connu, mais lui voulait se tourner vers du R&B plus contemporain. Et c’est normal, les artistes veulent aller de l’avant. Quand je discute avec des musiciens de soul des années 60, ils me disent « mais j’ai déjà fait ça », ok mais justement, c’est ce que les gens veulent entendre, et c’est dur pour eux de l’accepter. Au départ, Mike m’a juste pris pour un producteur quelconque, il ne savait pas forcément que j’aime un certain type de musique avec une qualité particulière. Une fois qu’on s’est compris là-dessus, c’était tout bon. L’album sortira via Ubiquity. C’est aussi grâce à ce label qu’est sorti le premier album de Monophonics, et c’est par ce biais que j’ai connu Mike. Et puis j’ai des nouveaux singles qui arrivent avec Colemine Records. Un nouvel album des Ironsides est également en discussion. Mais ce qui prend le plus de place actuellement, c’est un futur album de Monophonics. Il y aura peut-être des nouvelles collaborations avec d’autres artistes, mais rien de concret pour le moment, donc je préfère ne pas en dire plus.
Interview réalisée par Hugues Marly, le 7 décembre 2024.
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